La page de Nathalie ! (Auteur)
Les mots :
Lisses, étincelants, rugueux, gelés,
Scérosés, brûlants,
Enflammés.
Leur pouvoir créateur est infini. Absolu.
Le langage :
Un courant de pensée souterrain
Qu'il nous faut ramener à la surface.
En rusant,
En manipulant,
En jouant,
En rêvant.
" La médiocrité de notre univers ne dépend-elle pas essentiellement de notre pouvoir d'énonciation? " (A. Breton, Introduction au discours su le peu de réalité ).
Mes yeux :
Fleuves verbaux grands ouverts
Sur la réalité.
Une réalité d'émeraudes,
D'or, d'étincelles,
De lys, de nuances, d'artifices déguisés.
Caire - voyance!
Ma langue :
Clair - obscur de lettres,
D'univers multiples, protéiformes et infinis.
Mon coeur :
Volcan d'expressions
En fusion,
Flammes et étincelles de sens, de sons,
D'émotions,
De visions.
En m'appuyant sur les béquilles du langage, je cherche à désintégrer le réel pour me réconcilier avec lui.
Dans un élan de tout son corps, ma soeur Séverine joue avec les gestes, le rythme, le mouvement...
Quant à moi, dans un élan de tout mon coeur, je m'amuse avec les mots, les temps grammaticaux, les figures de styles...
Nos démarches sont identiques.
Un feu d'émotions nous dévore.
Il nous faut le faire remonter
A la surface.
C'est une question de survie.
D'équilibre.
Ce projet de piéce de théâtre ( " La filature des étoiles" ) sommeillait au plus profond de nous depuis très longtemps. Unir nos deux passions. Provoquer la
rencontre. Cette fusion des arts de la poésie, de la danse et, par voie de conséquence, de la musique est un rêve d'enfance. Maintenant que nous avons grandi, maintenant que nous sommes enfin
réunies toutes les deux sur Paris, l'heure a sonné. L'heure du rêve. L'heure de la passion. L'heure de l'émotion. Nous avons frotté nos allumettes dans le
noir. Ce sont ces petites flammes qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie. Puis nous nous sommes précipitées. Malgré les difficultés - les chutes, les foulures, les
blessures...- nous n'avons pas lâché prise. Au jourd'hui, le rêve est à portée de main.
Il s'en faut de si peu pour que le petit prime de lumière qui vacille tout au bout de nos écorchures ne devienne vaste constellation mentale. Il s'en faut
de si peu. Les ailes bruissantes de la passion, une constellation de rêves.
L'envol colossal de l'oiseau.
Ensemble peut-être réussirons-nous à transformer en or pur tout le plomb qui paralyse les artères de nos sociétés post-industrielles. Peut-être ensemble y
parviendrons nous. Le temps d'un spectacle, le temps d'un rêve. Le temps d'une soirée. Toute l'éternité.
Nous avons amorcé une bombe poétique virtuelle qui, en explosant, bousculera et fera voler en éclats le sommeil sensoriel des spectateurs. C'est du moins ce
que nous espérons.
Quelques uns de mes poèmes :
A Séverine
Que les vents
Qui frissonnent dans chacun de tes gestes
Puissent t'emporter dans leurs ballets étranges et mystérieux.
Que les soleils qui scintillent dans chacun de tes yeux
Comme des perles de miel
Ne vienne jamais s'éteindre à l'orient flamboyant de ta destinée.
Plaise aux fées qui sommeillent en bordure de tes rêves
Que nulle frontière jamais
N'obscurcisse la carte déroulée de ta vie.
Que le tempx aux reflets fugitifs te laisse le temps.
Le temps de danser.
Le temps d'aimer
Et d'être follement aimée.
Que ces instants puissent durer
Toute l'éternité.
Puisse ton regard aux pétales d'asphodèles
Fleurir
Dans un perpétuel émerveillement.
Que nulle tristesse, nulle douleur
Jamais
Ne vienne altérer ton visage,
Ton beau visage
Qui pour moi gardera toujours cette candeur
Aux senteurs de primevère
Qui est celle de l'enfance.
Silence...
Les ailes insaisissables
D'une nuée de silences
Effleurent la paille fraîche
De mille baisers éclos
Au coucher des sanglots
Et les ailes d'or parfois
Enveloppent de mousseline
Tes paroles chancelantes
Qui doucement dérivent
Vers les astres éphémères
De l'amour dévoilé.
Papillon virevoltant
Parmi les scintillements
De cette constellation,
Je fume avec extase
Les parfums méconnus
De l'unique existence
Qui comme le fantôme
Erre dans les souterrains
De nos rêves endormis.
Des miettes
Des miettes de temps
Accrochées au noir tablier
Du désespoir.
Des miettes encore.
Le ravage engloutit
Le fragile souvenir
Du condamné.
Des miettes toujours
Et jusqu'au dernier jour
Un relent d'agonie
Le condamné soupire
Expire
Ne désire plus
Tressaille
Dans ses yeux bâillonnés
Une seconde
Ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre
Et au tréfonds de cette conscience unique
Vermeilles luisantes
Comme le silence s'élancent
Des miettes de sang.
L'attente
Ephémères larmes de gaieté
Au tréfonds de mon orbite désossée
Les éthers du possible encouragent
Cette attente maladive tissée d'oniriques nuages.
Mon amour gluant de solitaires lueurs
Peut-être se prélassera dans ta salive blème
Et sous cette fusillade d'espoirs je t'aime
Je t'aime et tu meurs.
Sublime négation de l'éternel béant
Tu dévores mon corps à travers le néant
Mais ces baisers douloureusement décomposés
Répugnent et terrorisent mon être tout entier.
Mon amour gluant d'une solitude navrante
Ne pourra se mêler à tes lèvres détruites
Et sous cette fusillade de regrets je meurs
Et encore je te pleure.
Tissage
Tissage féérique
Du voile mental
Qui nous isole
Précipite mon âme
Dans les palpitation
De ta vie
Le songe gravite
Sur son socle légendaire
Et nous autour
Paroies éventrées du réel
Et nous blottis
Dans les entrailles fumantes
Eternel acrobate du ciel
Le temps s'élance
Prend son envol
Ne retombe plus
Son aile éclaire l'astre de lune
Puis s'en va.
Tombe
Tombe le précieux liquide de tes yeux
Les voiles se déchirent
Tombent dans mon regard mort
Les gouttes en fleurs
Dans le linceul ensoleillé
Le silence se fait
Volubile
Mort au monde
Les gerbes retombent
Eclaboussant mes veines
De leurs ailes convulsives
Electrocution symbolique
Tombe la liqueur divine
Dans les cavités sombres
Les gerbes retombent
En cascades murmurantes
Eau claire et limpide
Qui hier encore sommeillait
Dans la vallée des songes
Tombe béante
Au fond palpite
Une crysallide...
L'aurore du monde!